La Parti Authenticité et Modernité (PAM) du Maroc a créé la surprise, vendredi 29 mai, en annonçant son retrait de la coalition au pouvoir à propos de difficultés liées à la désignation de ses candidats pour les élections communales du 12 juin. Le PAM a déclaré qu'il "se positionnait donc de facto dans l'opposition".

election communale

Ce nouveau parti d'opposition détenant 89 des 325 sièges au parlement, la coalition gouvernementale s'est vue contrainte de répondre aux questions concernant l'impact de cette défection.

Malgré le coup porté au bloc au pouvoir, le ministre de la Communication Khalid Naciri a déclaré lors d'un point de presse le 4 juin que le gouvernement n'était pas en danger, car il existe un équilibre entre la coalition de gouvernement et les partis de l'opposition. Il a ajouté que la situation pouvait changer en cas de "transhumance".

"En tout cas, nous comptons nous attaquer à ce phénomène après les élections communales", a-t-il conclu.

Le Premier ministre El Fassi avait critiqué le PAM lors d'une réunion électorale à Casablanca le 1er juin, creusant le fossé entre les deux anciens partis alliés.

Il a déclaré que la décision prise par ce parti était incompréhensible, dans la mesure où l'Etat avait déjà répondu à ses inquiétudes concernant la législation réglementant la défection des partis et de leurs membres.

Le retrait du PAM de la coalition au pouvoir pose deux problèmes : le changement d'alliance après les élections, car le parti était lié au Rassemblement National des Indépendants au sein du parlement, et la difficulté pour le gouvernement de constituer une nouvelle majorité.

Mohamed Kanzidi, professeur de science politique, a expliqué à Magharebia que cette initiative assez surprenante du parti avait marqué le début d'une campagne électorale visant les jeunes électeurs qui ne font pas confiance au gouvernement.

Ce retrait n'aura pas un impact réel sur l'exécutif, a-t-il ajouté, car le PAM ne compte qu'un seul ministre, Ahmed Akhchichine, chargé de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Formation professionnelle et de la Recherche scientifique.

"Cette décision ne va pas affaiblir la majorité gouvernementale, car il faudrait une motion de censure pour faire tomber le gouvernement", a ajouté M. Kanzidi. "Il faut rappeler que le gouvernement de Abderrahmane El Youssoufi était resté pendant deux ans sans majorité au parlement."

Il a toutefois ajouté que M. El Fassi devra chercher d'autres alliés dans l’opposition à la Chambre des représentants pour pouvoir passer les textes de loi sans difficultés.

Au PAM, on affirme toutefois que ce passage dans l'opposition n'est pas destiné à mettre le gouvernement en difficulté.

Son secrétaire général Mohamed Cheikh Biadilah a déclaré à Magharebia que cette mesure avait été décidée avant les élections communales, pour qu'elle n'apparaisse pas comme liée aux résultats des élections.

Hakim Ben Chemmass, vice-secrétaire général, a déclaré que son parti ne faisait que répondre à un climat politique hostile. "Depuis la création de notre parti, toutes les autres formations nous attaquent. Nous avons senti une certaine tension. Notre passage à l'opposition est un bon indicateur qui démontre la dynamique créée récemment sur l'échiquier politique national. On nous a accusés d'être un parti makhzanien créé à des fins inconnues, alors que nos militants sont reconnus pour leurs compétences."

L'attitude du Parti Authenticité et Modernité a été très largement critiquée, soulignant les incohérences de ses déclarations. Les efforts du parti pour recruter des membres au sein du parlement plutôt que par le truchement des élections est contraire à l'objet de la politique de lutte contre la transhumance.

Le PAM répond qu’il n’a fait qu’accueillir des personnes qui aspirent au changement et à la démocratie.

Le PAM est la formation politique qui a accueilli un plus grand nombre de parlementaires d’autres partis politiques. Il compte actuellement 89 parlementaires dans les deux chambres – dont 46 à la Chambre des représentants – alors qu’il n'a été constitué qu’après les dernières élections législatives. Avec l’appoint de cette formation, la majorité parlementaire disposait de 183 députés dans la première chambre.